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Ecigarette-public.com - Le forum de la vape   

Une histoire de la vape : un exemple du génie humain

Administrateur | Publié lun 31 Aoû 2020 - 0:26 | 175 Vues

Je lis quelquefois beaucoup de bêtises sur la vape qui m'agacent. J'ai lu récemment des articles qui associaient la vape aux cigarettiers et laissaient fortement suggérer que ce sont eux qui ont créé cet outil. Il n'en est rien. Alors, pour que l'histoire de la vape ne devienne pas un mensonge, il est temps de la reprendre.

Pour que cela soit marqué noir sur blanc. Voici un premier chapitre consacré au tout début de la vape de 2003 à 2008. Alors bien sûr, je n'ai commencé à vaper qu'en 2009, je ne fus pas le témoin direct de l'apparition de la vape dans nos contrées. Il y a donc des choses qui ont pu m'échapper.


C'est aussi ma vision, ma façon de voir les choses. Elle peut être totalement contestée. Mais, si je vous la propose, c'est que je ne la crois pas totalement fausse non plus :D
Ceci dit, si vous avez vécu cette période ou si, même sans l'avoir vécu, vous en avez une autre vision, n'hésitez pas à dire ce que vous en pensez sur le forum !

Bonne lecture et bonne vape !

1. Quand une idée prend forme.

La vape telle que nous la connaissons est apparue en Chine en 2003. Timidement. Sur la pointe des pieds.

Elle est l’œuvre d’un obscur pharmacien chinois, Hon Lik, qui créa la première entreprise du genre, Ruyan, alors qu'il déposait les précieux brevets qui entrèrent dans l'histoire. Dans notre histoire en tout cas.

La légende indique que cette invention a germé dans l’esprit de notre Géo Trouvetou car ce dernier voyait son père, gros fumeur comme lui, lutter en vain contre un cancer des poumons qui finira par l’emporter en 2005. Hon Lik s’est alors dit que ce serait quand même bien de pouvoir continuer à fumer sans en subir des conséquences aussi dévastatrices (lire ici).

Pourtant, si les produits de Hon Lik marquèrent le début de la vape, ils ne constituent pas les premiers essais du genre.  Loin s’en faut.
Savez-vous que la première tentative est l’œuvre d’un français, un pharmacien (encore un), Henry Ferré et date de 1903 ? Hé oui, la première idée d’une vapoteuse a donc plus de 110 ans ! (plus d'infos sur cet article).

Le premier modèle imaginé par  Henry Ferré en 1903 :


Bien d’autres inventeurs, déposèrent des brevets de matériels plus ou moins aboutis, plus ou moins équivalents. Mais, jusqu’à l’arrivée de Hon Lik, aucune invention ne dépassa le stade de brevet et ne put être commercialisée.


La vape, c’est donc d’abord une histoire de chercheurs, de bricoleurs plus ou moins géniaux. De gens qui ne se contentent pas de ce qui existe et tentent de trouver d’autres objets, d’autres idées, d’autres voies pour le meilleur, comme pour le pire quelquefois, mus par des désirs nobles, comme ici, ou plus saugrenus.

La vape, c’est la démonstration du génie humain, de cette capacité à inventer, à innover, à avancer.


2. Quand les entrepreneurs entrent dans la danse.

Malgré les brevets déposés par Hon Lik, les ecigs furent vite copiées en Chine. Des fabricants chinois fleurirent partout, notamment à Schenzhen et furent même rapidement en capacité d’améliorer considérablement les premiers modèles.

Les premiers modèles furent exportés à partir de 2007 très discrètement, puisque ni Ruyan ni ses concurrents un peu plus tard, n’avaient de grosses capacités de production ou des fonds colossaux à investir dans des campagnes marketing aux petits oignons.

Pourtant, en Europe ou aux USA, certains professionnels ont vu rapidement le potentiel commercial de cette invention et se lancèrent dans l’aventure. On parle ici de PME, voire même d’auto-entrepreneurs en France qui mirent en place quelques sites de vente. En 2009, lorsque j’ai commencé la vape, seuls trois structures européennes comptaient quelques dizaines d’employés : JANTY qui concevaient des produits et les distribuaient, SEDENSA en Belgique et ED SYLVER en France qui recruta pas mal de commerciaux pour distribuer des produits en pharmacie et dans les bureaux de tabac. ED SYLVER fut même la première compagnie à faire de la publicité, notamment sur RMC.

Quelques SEDENSA vendus en 2008 :


SEDENSA et ED SYLVER étaient sur d’autres activités lorsque la vape s’établit discrètement en Europe et décidèrent de s’orienter totalement sur le marché de la vape. Beau risque qui ne paya que quelques années. SEDENSA ne survit pas à l’interdiction des liquides nicotinés en Belgique, les vapoteurs belges trouvèrent d’autres moyens de se procurer de la nicotine. ED SYLVER vécut des années à refourguer son modèle phare, la ED SYLVER 09, une mini toute mini.

Le kit était vendu au prix ahurissant de 89 € (deux batteries d’environ 150 mAh, 5 cartouches remplies de 0,5 ml de liquide environ et un chargeur). Mais il fut bien vite dépassé par des modèles plus puissants, ayant plus d’autonomie et aussi nettement plus abordables.

Le coffret de la Ed Sylver 09. 89€ pour ce truc :

Quant à JANTY, un des distributeurs/concepteurs les plus en vus à l’époque, il ne résista pas au départ du fabricant qui décida de voler de ses propres ailes. Un certain JOYETECH. C’est ballot.

Une vidéo sur la Janty Dura. Un vrai petit succès en 2008/2009 :


Je ne compte pas la petite dizaine de sites de vente tenus par des auto-entrepreneurs. La plupart ont fermé leurs portes depuis belle lurette.

La vape, c’est aussi cela : la capacité de professionnels à prendre des risques, à se lancer sur un nouveau marché, à tenter l’aventure, à investir leur argent (ou celui de leurs proches voire de gentils banquiers compréhensifs), quitte quelquefois à tout perdre dans l’espoir évidemment de gagner beaucoup.

Alors bien sûr, ils ne se sont pas tous lancés dans l’aventure uniquement par philanthropie ou portés par le bel idéal d’en finir avec le tabagisme. Ne soyons pas naïfs. Mais ce sont quand même des précurseurs qui ont contribué à ce que à la vape s’implante, qu’elle soit de plus en plus connue. Ils ont permis aux premiers fumeurs d’essayer, de se lancer et quelquefois d’être convaincus qu’il y avait vraiment quelque chose à tirer de ces étranges appareils qui faisaient de la fumée mais pas pareil que la cigarette.

Hommage donc à ces aventuriers de l’économie qui ont importé puis distribué dans nos contrées les produits de la vape.

3. Quand les fumeurs s'approprient une nouvelle méthode pour arrêter le tabac.

Et puis, il y a les premiers utilisateurs. C’est en 2007 puis 2008 que les premiers fumeurs en Europe et aux USA ont tenté l’aventure à leur tour et se sont dits qu’il y avait peut-être quelque chose à tirer de ce truc si bizarre.

C’est quelquefois une publicité sur un site internet qui a amené les premiers fumeurs par hasard à la vape, ou bien les conseils d’un pharmacien (pour les ED SYLVER par exemple), quelquefois (mais très, très rarement) un proche. Ils se sont lancés par intérêt, curiosité, conviction, souvent avec prudence, quelquefois ils ont pu être trompés par des messages mensongers. En effet, certains sites de vente affirmaient que la vapeur n’était que de la vapeur d’eau. En réalité, il suffit de vaper pour se rendre compte qu’il y a au moins de la nicotine que l’on ressent et puis les arômes. Enfin, le propylène et le glycérol ne doivent pas disparaître comme par magie ! 

Très vite, les premiers vapoteurs ont investi le net, ils ont monté des forums ou fait des vidéos, ce qui permit de créer une petite communauté et donc que les vapoteurs, bien esseulés au départ, partagent les infos, et que des fumeurs décident à leur tour de s’y mettre.

Parmi les pionniers de la vape et de l’internet en France, on peut citer Mc Cortex, alias Michaël Hammoudi, qui lança le premier site d’info et le premier forum francophones. Il réalisa aussi les premières vidéos, comme celle-ci, qui date du 4 février 2008 consacrée à une Ruyan.

Peut-être la première vidéo française sur la vape, une pépite :


On peut aussi citer Imodiris, alias Brice Lepoutre, qui, toujours en cette faste année 2008, repris le forum de Mc Cortex. Il changea tout de fond en comble :  la ligne directrice, l'équipe et ira jusqu’à changer le nom : forum-ecigarette.com. C'est donc un tout nouveau forum qui rassembla les vapoteurs francophones.

Je ne peux pas non plus oublier Margouillat qui créa le forum que vous parcourez aujourd’hui en juin 2008. Cette création est d’ailleurs le fruit d’une volonté de proposer une ligne directrice différente de celle de Mc Cortex. En effet, Margouillat et quelques membres du petit forum trouvaient Mc Cortex et certains de ses amis bien trop proches des professionnels de la vape. Leurs impressions ne furent pas démenties, puisque Mc Cortex devient un professionnel avec plus ou moins de réussite.

Et il y en a eu bien d’autres. Il y en a tant, de ces vapoteurs qui lancèrent des sites, des blogs ou tout simplement investirent leur temps et leur énergie sur les forums pour tester des produits, rassembler les premières infos, discuter des premières études scientifiques, aider celles et ceux qui se posaient des questions, tenter de trouver des solutions pour améliorer la vape.

En tout cas, tous ces fumeurs ont franchi le pas. Ils ne sont pas mis à la vape par effet de mode, parce que tout le monde trouvait cela cool, car c’était le produit à tester, le truc à avoir chez soi pour être à la page. Ils n’ont pas non plus acheté de guerre lasse après des campagnes publicitaires omniprésentes qui finissent par vous donner envie de passer à la caisse. Ils n’ont pas non plus écouté les conseils des médecins et des tabacologues.

Non, rien de tout cela. Ils ont suivi leur propre chemin, quitte à passer pour des extra-terrestres, quitte à devoir expliquer leur choix à leurs proches, à argumenter, afin juste d’être compris et que leur acte soit accepté.

Envers et contre tout, quelquefois contre tous, ils se sont lancés sans savoir où ils allaient. Eux aussi, ce sont des pionniers, des aventuriers. Ils ont servi de cobayes aussi.
 
C’est grâce à eux que nous avons pu savoir que le principe fonctionnait : oui ces appareils permettaient effectivement de produire une vapeur chargée en arômes et en nicotine. Oui, ils permettaient de simuler le tabagisme. Oui, ils pouvaient peut-être se substituer aux tubes à cancer.

Oui, ces ecigs étaient un formidable espoir pour tous les fumeurs qui ont bien du mal quelquefois à arrêter, pour qui les méthodes de sevrage classiques ne fonctionnent pas à terme ou ont trop d’effets secondaires. Ces premiers vapoteurs ont montré le chemin. On leur doit beaucoup.

4. A coups de milliards de dollars.

Vous l’avez peut-être remarqué à la lecture de ce billet : aucune grosse firme, aucune multinationale, aucun cigarettier, aucun laboratoire pharmaceutique ne s’est intéressé à la vape à son lancement. Tout juste certains d’entre eux ont-ils peut-être regardé d’un coin de l’œil, goguenards, cette invention d’un petit pharmacien chinois. Par contre, plus les ventes ont augmenté, plus ils s’y sont intéressés. Donc, non, la vape n’a pas été créée par les cigarettiers.

Aujourd’hui, la vape est devenu un marché colossal qui se chiffre en dizaine de milliards d’euros à travers le globe. Les laboratoires pharmaceutiques n’ont aucun intérêt à ce que la vape se développe encore.  S’il était acté une bonne fois pour toute que la vape était non seulement efficace pour arrêter de fumer mais en plus était moins risquée que le tabac, qui irait encore acheter des patchs ? Les laboratoires pharmaceutiques peuvent compter sur l’appui indéfectible de l'OMS pour tirer à vue et trouver tous les moyens possibles pour freiner l’expansion : mise en place de taxes, limitation, voire interdiction pure et simple dans certains pays que l’OMS applaudit toujours joyeusement. Cette noble institution n'hésite d'ailleurs à montrer en exemple les pays qui interdisent la vape, même si les dirigeants ont un goût prononcé pour la dictature.

Et puis il y a évidemment les cigarettiers qui ne souhaitent pas perdre leurs fidèles clients. Alors, ils proposent eux aussi leurs produits de vape ou leurs produits de tabac chauffé. Les cigarettiers investissent des milliards d’euros et écrasent littéralement le marché. Dans de nombreux pays, les Blu, les Vype ou les Iqos sont en tête des ventes. Et, lorsque cela ne suffit pas, ils rachètent des entreprises de vape ou prennent part au capital de certaines d’entre elles. Comme Altria (Philip Morris) qui a racheté 35 % des parts de Juul, qui elle-même détient environ les 3/4 des ventes aux USA.

Pire même : débordé pour des concurrents qui améliorèrent bien vite le dispositif, dans l’incapacité de faire valoir ses droits, Hon Lik a vendu ses brevets à une entreprise inconnue au bataillon en 2013 : Fontem Ventures. Il en profita pour intégrer cette nébuleuse entreprise et contribua à la mise sur le marché de la Blu, un modèle de vaporette.
Mais Fontem Ventures appartient en réalité à un cigarettier : Imperial Brands (News, Bastos, Gauloises, etc.).

C’est donc maintenant un cigarettier qui détient les brevets d’une invention dont aucun d’entre eux n’en avaient à carrer en 2003 lorsqu’elle est apparue, occupés qu’ils étaient à refourguer le plus de paquets de cigarettes possible.

L’histoire de la vape est donc l’histoire du génie de l’humanité à créer des inventions en partir d’une idée noble. C’est une histoire humaine avec ses précurseurs, ses aventuriers, avec ses zones d’ombre quelquefois (des messages commerciaux douteux, des utilisateurs bien en vue mais bien trop proches des professionnels), ses échecs, mais aussi ses avancées, ses échanges, ses rencontres.

Aujourd’hui, les choses ont évidemment bien changé. La vape est un marché avec ses vautours. Business is business.

C'est peut-être cela aussi l'histoire de la vape : les êtres humains sont capables de tout salir, y compris leurs plus belles idées, par bêtise, par égoïsme, par fanatisme, ou tout simplement par l'appât du gain.

Pourtant, tous les jours à travers le monde, des fumeurs qui n’arrivaient pas à décrocher du tabac finissent par le faire avec la vape. Elle reste encore un formidable espoir pour tous les fumeurs au-delà de tout aspect mercantile. Car, finalement, la vape s'est installée et son succès démontre sans contexte qu'elle peut être efficace pour arrêter de fumer. Et c’est déjà beaucoup.


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